Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE

12

Dernier numéro : avril - juin 2013

Le renseignement en entreprise

Un modèle de traitement du renseignement par les dirigeants de grandes entreprises

Edito

De la nécessité du renseignement en entreprise

Dans un monde toujours plus complexe, où de nouvelles menaces surgissent, où de nouveaux marchés naissent, où il convient de détecter de nouveaux projets pour investir des capitaux accumulés de plus en plus importants, les entreprises ont un besoin de renseignements qui va en s’accentuant. Ce numéro de Sécurité & Stratégie explore le renseignement d’entreprise, ce concept méconnu. Qu’est-il ce renseignement d’entreprise, cette business intelligence comme diraient nos amis anglo-saxons ? Dès 1960, le Prix Nobel d’économie Herbert A. Simon le décrivait comme l’exploration de l’environnement pour identifier les situations appelant décision. Quarante ans plus tard, en 2000, dans un livre central sur l’intelligence économique, Frank Bournois et Pierre-Jacquelin Romani décrivaient le renseignement d’entreprise comme la collecte, le traitement et la diffusion de connaissances utiles à la maitrise de son environnement, qu’il s’agisse de menaces et d’opportunités. Bref, il s’agit de connaître l’environnement de l’entreprise pour assurer son développement. Cette simple définition montre bien l’utilité du renseignement pour l’entreprise dans l’environnement instable que nous connaissons aujourd’hui. C’est un regard canadien qui nous montre – et nous prouve – les bienfaits du renseignement pour l’entreprise (voir l’article du Professeur Jonathan Calof page 42).

Les entreprises ont donc besoin d’un « Monsieur Renseignement » capable de collecter, de trier, de traiter et de diffuser efficacement de l’information afin d’anticiper les menaces de plus en plus polymorphes et les opportunités variées dans un monde globalisé, ainsi que de permettre aux décideurs de prendre la moins mauvaise des décisions. Or, ceux-ci ne sont pas à l’aise avec le renseignement. Alain Juillet signe un article éclairant à ce sujet où il propose différentes pistes d’explication : les dirigeants d’entreprise n’y sont que très faiblement sensibilisés lors de leur formation initiale et, par conséquent, n’en comprennent pas l’intérêt opérationnel ; la culture court-termiste qui est adoptée par les entreprises empêche toute vision prospective à laquelle est intrinsèquement lié le renseignement.

Finalement, dit-il, n’ayant pas une idée précise de leurs attentes et de leurs objectifs, ces dirigeants sont malhabiles lorsqu’il s’agit de construire un plan de renseignement. Si les dirigeants apparaissent assoiffés d’informations, ils l’utilisent, comme M. Jourdain en usait de la prose, sans même le savoir. Le renseignement devient une étincelle déclencheuse, un coup de projecteur, une révélation (voir l’article de Pascal Junghans page 5).

Certainement, le renseignement d’entreprise est nécessaire à l’entreprise, aux dirigeants. Mais alors est-ce du renseignement en entreprise ou pour l’entreprise ? En clair, l’entreprise doit-elle seule rassembler le renseignement dont elle a besoin ou entrer en relation avec les services officiels qui pourront – ou non – le lui procurer ? La question est sensible et n’a, en France au moins, pas trouvé de réponse. Plusieurs obstacles se dressent en l’état de nos pratiques et de nos conceptions des relations entreprise-administration : une possible privatisation du travail de service public lorsque les « services » aident les entreprises, une rupture de la concurrence lorsque les « services » aident une entreprise plutôt qu’une autre, etc. Il est vrai que d’autres pays ne travaillent pas dans le même état d’esprit. La Chine a ainsi construit une véritable architecture de collecte de l’information stratégique pour aider ses entreprises à partir à la conquête du monde (voir l’article de Marie-Pierre Van Hoecke page 30). Parviendrons-nous à aller aussi loin que la Chine ? Il ne le semble pas et, peut être heureusement. Le renseignement en entreprise en France n’est pas en odeur de sainteté auprès de l’opinion publique.

Les récentes affaires ont laissé penser que le renseignement en entreprise n’était que sujet à surveillance des salariés, à malversation, à corruption. Pourtant, cette activité est encadrée par des lois qui protègent peu ou prou l’entreprise. Elle pourrait l’être davantage si la loi sur le secret des affaires, votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale pouvait poursuivre son parcours parlementaire. La loi protège en tout cas strictement l’intimité du citoyen lorsqu’elle est visée notamment par des moyens audiovisuels, que ce soit la surveillance des communications téléphoniques, postales ou électroniques, le vol d’information ou la corruption. Cela peut être le cas dans les situations les plus sensibles et les plus délicates où le citoyen est également un salarié (voir l’article de Anne Sachet-Milliat et Yvan Loufrani page 16).

Malgré ces questions encore pendantes, qui ne sont pas négligeables, ce numéro de Sécurité & Stratégie assume le parti pris de considérer le renseignement en entreprise comme une nécessité face aux défis aussi divers que l’évolution technologique ou encore les mutations géopolitiques rapides.

Pour s'abonner à la revue Sécurité & StratégiePour s'abonner à la revue Sécurité & Stratégie

Accueil | Contact | Mentions légales | Comité d’orientation | Note aux auteurs | Organisation
Acheter | S’abonner | Les derniers numéros | A propos de l’éditeur

Copyright© CDSE - Sécurité & Stratégie - 2017
Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE