Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE

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Dernier numéro : mars 2011

L’entreprise face aux fuites de données

L’entreprise face aux fuites de données

Formation : Echapper à la gestion des risques par "Silos" grâce à l’intelligence des risques

Les financiers gèrent leurs risques, les ressources humaines et les informaticiens les leurs… Si elle parait naturelle, la gestion des risques par domaine (ou silo) a montré ses limites et ses dangers. Pour éviter le piège d’une gestion fragmentée des menaces, l’ISEP (Institut Supérieur d’Electronique de Paris) a conçu le mastère spécialisé « Maîtrise des Risques, des Opportunités et de l’Innovation par l’Intelligence Economique » qui repose sur les concepts de l’ouvrage de référence, coécrit par Bernard Besson et Jean-Claude Possin, De l’intelligence des risques à la mission de protection. Ce livre promeut une approche holistique de la gestion des risques par l’utilisation de cet outil puissant qu’est l’intelligence économique.

Dans nos sociétés, la gestion des menaces est devenue un acte incontournable, un métier à part entière au sein des grands organismes et une préoccupation des petites et moyennes entreprises, dont on connaît le dynamisme mais aussi la fragilité.

Pour former les experts capables d’épauler entrepreneurs et dirigeants, la grande école ISEP a ouvert en septembre 2010 son mastère spécialisé « Maîtrise des Risques, des Opportunités et de l’Innovation par l’Intelligence Economique », avec une admission en BAC+5 et BAC+4 avec expérience. Ce cursus – conçu en partenariat avec l’IFIE, Forum Atena et le Cercle d’Intelligence Economique du Medef Ouest Parisien – porte sur toutes les familles de risques, étudiées dans leur globalité. Sont ainsi abordés de façon concomitante la gestion des risques de sécurité, de sûreté, environnementaux mais aussi des risques managériaux. Bref, une réelle vision à 360°, car il s’agit bien de gérer tous les risques par l’outil qu’est l’Intelligence Economique, concept innovant dénommé l’Intelligence des Risques.

L’un de ses pères est Bernard Besson, ancien directeur de la police des Courses et Jeux au ministère de l’Intérieur, membre fondateur et membre du conseil d’administration de l’Association Française pour le Développement de l’Intelligence Économique (AFDIE). Il a été pendant cinq ans chargé de mission auprès de M. Alain Juillet, Haut Responsable pour l’Intelligence Économique, et de M. Olivier Buquen, Délégué interministériel à l’intelligence économique. Au-delà des résultats obtenus durant le cursus, l’obtention du grade de mastère spécialisé (label de la Conférence des Grandes Ecoles) demande la réalisation d’une mission en entreprise et la soutenance d’une thèse professionnelle.

Outre l’appel à l’entraide intergénérationnelle que propose le réseau des anciens de l’ISEP, l’école a établi plusieurs partenariats, dont un avec l’ARIST Paris (Agence régionale d’information stratégique et technologique), qui dépend de la CCIP (Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris), dans le cadre d’un programme mené avec la DGA (Délégation Générale pour l’Armement) : des missions rémunérées de « diagnostic d’intelligence des risques et de l’innovation » sont confiées aux étudiants auprès d’une dizaine de PME franciliennes du secteur de la défense. En plus de l’évaluation des pratiques IE des entreprises (dispositif informationnel, veille, gestion des connaissances, protection du patrimoine immatériel, etc.) les enjeux sont dégagés, des pistes d’amélioration proposées et un premier accompagnement à la mise en œuvre effectué auprès de l’entreprise.

Pour Benoît Maille, Coordinateur Intelligence Economique à l’ARIST Paris, en charge de ce programme, « la particularité de cette action tient au fait qu’elle s’adresse à des TPE et PME. Il ne s’agit pas de mettre en œuvre des dispositifs coûteux et hors de leur portée, mais de faire apparaître leurs faiblesses et atouts en matière de sécurité économique, puis de les inciter à mener les bonnes réflexions et à adopter les bonnes pratiques ».

Mais voyons plutôt ce cursus à travers le prisme de quatre de ses étudiants qui présentent des parcours très différents.

Diane Rajaona a une formation généraliste en management, avec un Master 2 en Sciences de gestion (ex DEA) et un Master 2 en Marketing et stratégie, spécialité Audit informationnel et stratégique (ex DESS). Dernièrement elle y a ajouté une touche de qualité, avec un certificat QSE (Qualité, Sécurité, Environnement) : « j’ai souhaité donner une impulsion nouvelle à mon parcours professionnel en élargissant mon champ d’expertise sur les risques. Mon goût pour l’outillage a suscité chez moi un vif intérêt pour la méthode panoramique de la gestion intégrée des risques. Je peux ainsi englober dans mon approche l’orientation stratégique de l’entreprise, son environnement, ses processus métiers, l’organisation de ses systèmes ou ses circuits d’information ».

Elle juge passionnante sa mission en entreprise : elle est partie prenante du vaste chantier de modernisation de la fonction « paye » de l’Etat. Plus spécifiquement, elle participe à la conception du plan de continuité d’activité, ce qui englobe plusieurs sujets transverses : la gestion de situations d’urgence et de crise, l’étude et la définition des scénarios de sinistre, et bien sûr l’élaboration de scénarios de continuité d’activité en réponse à ces sinistres.

Dans une première phase elle a d’abord épaulé le RSSI, mais elle dispose d’une autonomie totale pour interagir – en fonction des besoins – avec les autres équipes : contrôle interne, SIRH, Systèmes d’information décisionnels, etc.

Cette opportunité lui a été communiquée par le réseau des anciens de l’ISEP : « le poste est d’envergure et le sujet passionnant, même si j’avoue ne pas avoir un grand penchant pour les aspects purement informatiques du plan de continuité… Je suis sous contrat pour un an… Qui sait ce que l’avenir me réserve ? » Grâce à la formule très souple du mastère, elle est immergée en situation réelle et applique « à chaud » les acquis du cursus : « la poursuite en parallèle des cours et de cette mission est un vrai plus, car elle me permet d’utiliser l’outil « Intelligence économique » appliqué à la gestion de crise ». C’est aussi l’occasion d’échanges passionnés avec les praticiens aguerris qui dispensent les cours, en majorité des « pointures » issues de grandes instances publiques et privées, tels que le CEPS (Centre d’Etude et de Prospective Stratégique), le SGDSN, Air Liquide ou EADS.

Luc Desbrousses, pour sa part, a assuré la direction du système d’information (SI) d’un grand établissement d’enseignement supérieur pendant une douzaine d’années. Désireux de diriger un service ne se limitant pas à une simple fourniture de moyens, sans aucune participation à la vision stratégique de ce qu’un SI peut apporter à l’organisation, il a décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière.

Ce sont tout d’abord les enjeux de sécurité du SI qui l’ont intéressé : « j’ai rapidement identifié des formations conçues pour faire de moi un RSSI, mais j’ai découvert au cours de mes recherches que la maîtrise des risques m’offrait davantage d’opportunités » indique-t-il. « C’est ainsi, qu’en partant de la gestion des risques liés aux systèmes d’information, je suis passé à la maîtrise des risques, pour terminer sur la maîtrise de l’information par l’Intelligence économique, ce qui correspond au programme ISEP ».

En parallèle des cours, il accomplit des missions de consultant auprès d’établissements d’enseignement, touchant principalement à leur gestion.

Pour lui, ce stage s’effectue au moment idéal : « le milieu de l’enseignement supérieur va vivre ces prochaines années un profond bouleversement, avec par exemple la réduction des subventions aux Ecoles de commerce, ce qui va accélérer un mouvement de mutualisation – voire de concentration – et pousser les acteurs à optimiser leur fonctionnement. Menace ou opportunité ? Nous sommes là en plein sur l’un des thèmes majeurs que nous abordons lors de notre formation : l’Intelligence inventive, ou l’art de transformer une idée en valeur ».

Ce concept d’Intelligence inventive, enseigné au sein de ce mastère, permet de sauvegarder la capacité de créer et d’innover mais aussi de détecter les vrais signaux de sortie de crise.

Combien d’opportunités perdues par craintes excessives en l’absence d’une juste cartographie des risques ?
- A l’origine ingénieure en plasturgie, Sophia Chatellier est responsable du développement chez un fabricant d’articles d’écriture – un domaine très concurrentiel où le moindre gramme gagné sur un stylo permet de conquérir ou de sauvegarder des parts de marché – après avoir piloté sa qualité dans un cadre ISO 9000.

Elle a volontairement souhaité mener son stage au sein d’une autre entreprise, dans un esprit d’ouverture. Grâce aux relations établies entre l’ISEP et le CETIM (Centre Technique des Industries Mécaniques) elle a trouvé un poste au sein d’une PME de cinquante personnes qui conçoit des commandes hydrauliques pour disjoncteurs haute tension. « Non seulement j’ai découvert une entreprise qui possède un savoir-faire de haute technologie – elle propose des commandes réputées pour leur rapidité et leur précision – mais j’ai été agréablement surprise d’apprendre qu’elle accueillait également un autre stagiaire pour consolider sa gestion de compétences ! » indique-t-elle.

Sous l’égide du Directeur Marketing, elle est chargée de valider et de formaliser un projet d’extension du positionnement de l’entreprise sur un nouveau marché européen et de proposer des extensions possibles, par exemple par adaptation des produits à de nouvelles applications. Elle doit également structurer une méthode et concevoir un outil pour réaliser la veille marché et fournir un « cockpit » à la direction. Cette mission est pleinement en phase avec ses aspirations car elle avoue être attirée par la gestion du risque, plutôt dans le milieu industriel où elle a mené toute sa première moitié de carrière : « en faisant un effort marqué d’anticipation, la PME qui m’accueille cherche à maîtriser son destin, en choisissant ses marchés plutôt qu’en les subissant. Il s’agit donc de gérer les risques managériaux, expertise qui est au cœur des cours que nous recevons dans le cadre de ce mastère spécialisé ».

- Cadre au sein du ministère de la Défense pendant une trentaine d’années, Stéphane Degryse a eu l’occasion, au fil de ses affectations et des ses rencontres, de faire du renseignement économique et humain. Dans le cadre de sa reconversion il a décidé de compléter cette expérience en suivant le cursus « Intelligence des Risques » afin de viser un poste de Risk Manager, en France ou à l’étranger.

La mission sur le terrain qu’il doit accomplir pour décrocher son diplôme le plonge en pleine actualité, avec les discussions autour de l’un des volets de la LOPPSI 2, la vidéoprotection, car il a intégré l’association Hexaveil, qui épaule les communautés de communes de la région Nantaise sur tous les points touchant à la sécurité.

Cette entité a été créée suite au meurtre d’une jeune femme dans un centre commercial de la région. Pour de multiples raisons, le dispositif de vidéosurveillance n’avait été d’aucune aide, l’assassin ayant finalement été arrêté car il avait commis l’erreur de conserver la carte de paiement de sa victime. Les élus locaux avaient alors mobilisé les différents acteurs concernés pour analyser les causes de cet échec et en tirer les conséquences. L’optimisation a posteriori du dispositif de vidéo protection a donné l’idée à plusieurs personnes – dont Didier Ronte, son actuel Président – de créer une structure pour faire profiter les communes de cette expérience sous forme de prestations intellectuelles telles que des étude de marché, de l’AMOA, de la formation, du benchmarking ou du dépouillement des offres.

Stéphane Degryse a d’abord été chargé – de la conception jusqu’à la réalisation – de la sensibilisation des élus locaux à la nécessaire mise en conformité des démarches de vidéoprotection. Il a également été impliqué dans l’enquête sur les risques naturels réalisée sur le territoire de Saint-Nazaire. Cette étude, mandatée par le HCFDC (Haut Comité Français à la Défense Civile) vise à parfaire les plans communaux de sauvegarde à travers le DDRM (Dossier Départemental sur les Risques Majeurs).

Conformément à l’article R125-11 du Code de l’Environnement, les préfets consignent dans ce dossier les informations essentielles sur les risques naturels et technologiques majeurs de leur département.

Sa mission s’est ensuite focalisée sur les aspects marché : analyse du positionnement stratégique, veille marketing, surveillance des appels d’offres, identification des partenariats profitables – y compris en « coopétition », formalisation des offres, etc. « C’est la première fois que nous faisons appel à un stagiaire d’un profil si élevé, autonome et pleinement opérationnel. Très rapidement nous avons décidé de l’impliquer dans nos réflexions stratégiques » précise Didier Ronte.

Mais ce volet dynamique ne doit pas occulter l’indispensable protection des actifs que devrait avoir à l’esprit tout entrepreneur. Pour Stéphane Degryse, « cette recherche des signaux faibles et de leur sens caché est passionnante, mais on ne peut aller chercher de l’information à l’extérieur sans d’abord s’être protégé soi-même ! »

Stéphane Degryse compte s’appuyer sur cette opportunité dans le cadre de la thèse professionnelle qu’il doit soutenir pour obtenir son grade de mastère spécialisé : « il est fort probable que mes travaux se focalisent sur le véritable changement de paradigme que nous allons connaître avec la promulgation de la LOPPSI 2. Ce nouveau cadre consacre la privatisation de certaines missions de surveillance et de gestion de l’ordre public relevant jusqu’ici du pouvoir régalien. La plupart des collectivités n’ayant ni moyens ni expérience en ces domaines – notamment pour lutter contre les différentes formes de malveillance –, on va sans doute constater une forte croissance de l’externalisation des fonctions de surveillance ».

La maîtrise de ce mouvement va nécessiter une montée en compétences des cadres impliqués et un effort certain de sensibilisation et de formation, ne serait-ce que pour assurer une pleine conformité des démarches sécuritaires envisagées par les collectivités.

Risques naturels, sécurité publique, Intelligence stratégique… L’étudiant du mastère de l’ISEP avoue avoir eu de la chance de se retrouver plongé dans la réalité et fait appel fréquemment aux conseils dispensés par les différents intervenants. Il compte ainsi mettre à profit l’expérience accumulée à l’occasion de sa mission, sur tous les sujets portant sur la sécurité des communes, pour viser une délégation générale des risques dans ce secteur.

Ces quatre étudiants, une fois acquis leur grade de mastère spécialisé, intégreront des organismes et des sociétés qui bénéficieront grâce à eux d’une gestion intégrée des risques, une fonction plus essentielle que jamais.

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