Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE

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Dernier numéro : novembre 2011

La sécurité à l’international

Mexique, entre criminalité et émergence économique

Le Mexique fait de plus en plus souvent la Une des quotidiens à la rubrique « faits divers sanglants ». Le Mexique est par ailleurs membre du G-20, dont il assume la direction en fin d’année 2011. Grande puissance économique et commerciale, le pays vit une émergence originale, où les acteurs de son économie sont contraints d’intégrer, pour ajuster leurs projets de développement, les risques de la criminalité.
Quelques remarques préalables à l’examen de cette réalité sont nécessaires pour en situer le cadre. Le Mexique est en effet avec l’Argentine et le Brésil, l’un des trois pays d’Amérique latine intégrés dans le cercle directeur de l’économie mondiale, le G-20. Cette accession ne doit rien au hasard. Le Mexique est en effet, selon les années, l’une des treize plus importantes économies, par sa participation au commerce international, comme par le niveau de son PIB. Le Mexique est aussi l’un des pays les plus affectés par le crime organisé, comme par la petite délinquance. Dans la période récente les autorités ont mobilisé les forces armées pour épauler les polices, locales et nationales. En dépit d’arrestations, de saisies d’armements, de stupéfiants divers, le taux des homicides et des enlèvements non seulement reste élevé, mais est en croissance sensible d’année en année. Cette double réalité n’est pas propre au seul Mexique. Il s’agit là d’une cohabitation peut-être paradoxale, mais en tous les cas commune à d’autres Etats latino-américains, tout aussi émergents que le Mexique. Armée et police sont également mobilisées au Brésil, en Colombie et au Pérou, qui
connaissent eux aussi des conjonctures économiques exceptionnelles. Ceci étant, il est malgré tout incontestable que le Mexique subit depuis 2006 une détérioration accélérée des conditions de sécurité, à la différence des autres pays cités. Il convient alors de répondre à une série d’interrogations. Comment expliquer cette dérive criminelle particulière ? Affecte-t-elle ou peut-elle à terme affecter les activités productives ? Comment réagissent les acteurs de l’économie ? Quelles sont les parades proposées par les autorités ? Et pourquoi n’ontelles pas jusqu’ici permis de réduire ou à défaut de stabiliser la criminalité ?

Une criminalité chronique en expansion récente

Le Mexique connaît une situation d’insécurité chronique et ancienne. Les acteurs de cette insécurité sont les mêmes que dans les autres pays d’Amérique latine. Ils ont pu être politiques à certaines époques. Le Mexique a vécu sur tout ou partie de son territoire des affrontements civils : la « Révolution » de 1910 à 1920, la christiade* des années trente, les mouvements de contestation étudiante en 1968, l’émergence de guérillas dans les années 1970 et plus récemment en 1994, le surgissement du néo-zapatisme, l’EZLN (l’Armée Zapatiste de Libération Nationale). Toutefois, de 1997 à 2008, le nombre d’homicides tout en restant élevé, autour de 15 000 victimes par an,
était clairement orienté à la baisse**. Pourtant, des formes de délinquance chroniques,
urbaines et rurales, petites et relativement organisées, mais aussi en col blanc, ont accompagné toutes les périodes de troubles politiques et se sont perpétuées dans les phases de paix civile. Contrebande en direction des Etats-Unis, corruption et appels d’offres arrangés, fraudes de toute nature, petite délinquance ont coexisté et persisté
sur le long terme. La régulation de l’ensemble, combinaison de légalité et de répartition des larcins, était assurée par un parti-Etat, le PRI, qui a exercé un pouvoir sans partage réel de 1929 à 2000***. Son autorité et sa capacité à répartir les appétits étaient d’autant plus grandes qu’il gérait au-delà des institutions nationales et locales un ensemble imposant d’entreprises et services publics.

*Mouvement de guérilla paysanne contre la laïcisation du Mexique de 1926 à 1929. Voir Jean A. Meyer, La Christiade, Paris, Payot, 1975.
**35 341 assassinats en 1997 ; 15 671 en 2008. In Raul Benitez Manaut, "La crisis de seguridad en México", Buenos Aires, Nueva Sociedad, n°220, mars-avril 2009. Soit selon l’ONU, 11,3 meurtres pour 100 000 habitants. A titre de comparaison il y a eu en France 682 meurtres en 2009. Soit 1,4 homicides pour 100 000 habitants (ONUDC)
***Sous différentes appellations : Parti national révolutionnaire (1929) ; parti de la révolution méxicaine (1938) ; PRI (1946)

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