Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE

Trajectoire : Sécurité de l’entreprise et défense de la réputation de la marque

D’où viennent et que font les directeurs de sécurité/sûreté d’entreprise ?
Dans la foulée de son enquête publiée dans le précédent numéro de Sécurité & Stratégie, Frédéric Ocqueteau, directeur de recherche au CNRS, nous invite à découvrir ces acteurs qui modèlent au fil de leurs actions cette fonction encore trop méconnue. René Georges Querry, directeur sûreté du groupe Accor, est le premier d’entre eux à se livrer sans concession à cet exercice testimonial dans lequel il présente les raisons et les modalités de sa conversion au privé après ses « années flic », les principales missions que son métier lui impose d’assumer et les responsabilités qui y sont associées. Il évoque enfin les spécificités de son secteur d’activité, l’hôtellerie, et notamment la montée en puissance du risque d’atteinte à l’image auquel le groupe a récemment été confronté.

FO : Pourriez-vous nous retracer à gros traits votre carrière antérieure jusqu’à votre arrivée dans le groupe Accor, au poste de directeur de sûreté, il y a sept ans…

R-G Q : J’ai 64 ans, j’ai fait une carrière de 32 ans dans la police nationale. J’ai fait 19 ans de PJ au Quai des Orfèvres de la Préfecture de police de Paris. Au ministère de l’Intérieur, j’ai créé l’Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste (UCLAT) de 1984 à 1985, j’ai été chef de cabinet à la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN), puis chef du Service de Protection des Hautes Personnalités en 1992. En 1995, le ministre J-L. Debré m’a confié la responsabilité de l’organisation de la sécurité durant la Coupe du monde de football. En 1999, j’ai été le chef du Service de Coopération Technique Internationale de Police (SCTIP)* où je suis resté jusqu’en 2003. A 56 ans, j’avais donc plusieurs années devant moi, six à dix ans de carrière, je n’étais ni marginalisé ni aigri, et j’avais en plus une possibilité d’occuper des postes intéressants, puisque l’équipe de l’époque était composée de messieurs Claude Guéant, Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin. J’avais leur confiance, je pouvais être optimiste, je n’avais aucun souci avec eux. Et puis, un jour, un très bon copain de l’administration, Inspecteur Général de l’Administration (IGA), Gilles Sanson m’a dit au sujet du groupe Accor, dirigé à l’époque par J-M. Espalioux : « ils recherchent quelqu’un ». Ils étaient amis d’enfance, je crois, ou du moins de la même promo de l’ENA. J’ai franchi le pas fin 2002. Le problème était très simple. J’étais prêt à les rencontrer, on discuterait du poste, et puis, je me disais : on verra bien si oui ou non, cela pourrait me convenir. Je les ai rencontrés en janvier 2003, et j’ai eu mon « papier d’engagement ». Dans la mesure où j’avais décidé de quitter la police, j’ai tout de suite demandé ma mise à la retraite car je n’y reviendrais plus. Je prenais quand même un risque car si j’avais sombré dans la neurasthénie ou autre, je me retrouvais sans rien. Mon état d’esprit était le suivant : « Après tout, on brûle les vaisseaux, je vais tenter ma chance dans le privé ! ». Je ne savais même pas ce qu’était le groupe Accor, j’ai vraiment découvert cette institution au moment où j’y ai été affecté. Le poste n’existait pas : « Cher ami, m’a-t-on dit, vous avez carte blanche, faites ce que vous voulez, faites ce que vous pouvez pour nous ».

FO : On voulait donc voir rempli ce poste par une personnalité prestigieuse et de haute réputation policière. Ce fut vous tout de suite ? Ou avait-on pensé à quelqu’un d’autre ?

R-G Q  : Ce que je sais, c’est que d’autres personnes que moi ont été reçues, et notamment d’autres policiers. Dans mon entretien, j’avais délibérément dévalorisé ma personne et ma fonction pour être sûr de leur choix. Je leur ai dit que je n’étais pas un héros, que j’avais 56 ans, et leur ai même conseillé de prendre un préfet, que cela aurait eu plus d’allure pour eux, car c’est un personnage plus « généraliste » que ne peut l’être un « flic », qu’un flic, ça peut avoir l’inconvénient d’une « culture maison » trop prononcée… Bref, je me souviens de la réaction d’Espalioux : « c’est hors de question ! ». J-M. Espalioux était un ancien haut fonctionnaire lui-même… Je me rappelle de sa réaction qui m’avait agréablement surpris. Dans son esprit, il ne voulait pas d’un préfet, car c’était un « concept » trop virtuel et administratif. Par conséquent, j’ai compris – et ce fut l’attitude que j’ai défendue - qu’ils cherchaient pour ce poste quelqu’un d’opérationnel qui se démène. Et en effet, dans le travail tel que je le conçois et que j’exerce, le boulot consistait d’abord à aller sur le terrain.
Quand je suis arrivé dans le groupe Accor « avec une grosse feuille blanche », j’ai passé pas mal de temps en France à visiter un tiers du parc du groupe, des hôtels allant de « Formule 1 » aux « Sofitel » huppés, et j’ai constaté que dans l’ensemble, c’était plutôt calme comme mode de fonctionnement. J’ai donc travaillé sur les 1300 hôtels à portée de main pour observer les problèmes éventuels dans l’hôtellerie économique et dans l’hôtellerie de luxe, puis je me suis rendu aux quatre coins du monde pour y faire des réunions avec les directeurs des hôtels où nous sommes implantés, afin de les sensibiliser à la sécurité et la prévention des risques. Avec les trois agents de notre cellule sécurité, nous avons également monté un système d’observatoire de la malveillance. On leur demande de faire remonter les incidents sous une forme un peu homogène à partir d’une grille de quinze questions à cocher. Bien qu’ils aient autre chose à faire, ce thermomètre nous permet au moins d’avoir une vue globale permettant de disposer d’une typologie des actes de malveillance et de leur récurrence…

* En 2010, le SCTIP a été fondu avec la Sous-Direction de la Coopération Internationale de la gendarmerie (SDCI) au sein de la nouvelle Direction de Coopération Internationale (DCI).

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