Sécurité et Stratégie est une publication du CDSE

Interview croisée Maurice Dhooge & Jean-Luc Deza

Les infractions économiques et financières envers les entreprises qui regroupent en autre les escroqueries, les falsification, les faux et contrefaçons… semblent avoir augmenté au cours des années récentes même s’il est difficile de mesurer l’ampleur du phénomène. Confirmeriez-vous cette tendance au sein de vos entreprises ou au contraire verriez-vous un infléchissement ? Auriez-vous des estimations des pertes économiques et du coût notamment ?

Maurice Dhooge : La tendance est nettement à la hausse. Les attaques externes liées aux tentatives d’escroquerie explosent actuellement. Les schémas les plus utilisés sont ceux dits du « Faux Président » et des « Faux changements bancaires » de fournisseurs. Notre statistique actuelle est de 20 attaques en moyenne par semaine, pour l’ensemble de nos entités basées dans le monde . A l’origine, ces attaques se faisaient en français, mais de nos jours la langue anglaise est également utilisée, ce qui élargit le champ d’action des escrocs.
Notre entreprise a été piégée à trois reprises, il y trois ans, et cela nous a coûté 8,5 millions d’Euros au total. Depuis, nous avons renforcé le respect des procédures en place et déployé partout des actions de sensibilisation. Nous avons même développé un module e-learning spécifique sur les deux principaux schémas cités, et qui est devenu un véritable « best-seller » interne. Les populations les plus concernées appartiennent à la finance, à la gestion, à la trésorerie et aux achats.

Jean-Luc Deza : De notre côté aussi, la hausse est palpable. Le nombre des fraudes externes et en particulier les fraudes dites « au Président » ou escroqueries assimilées ont fortement augmenté durant l’année 2015. L’observation du phénomène a vu apparaître, selon un processus assez similaire (ingénierie sociale), des modes d’opérer différents comme par exemple des intrusions dans le système d’information afin d’y collecter des données fournisseurs. Sur les plusieurs dizaines de tentatives observées dans les filiales du Groupe, seule une ou deux ont pu se réaliser. Il n’est donc pas raisonnable de réaliser une estimation du coût économique qui ne voudrait rien dire.

Quelles sont les principales fraudes au sein de vos entreprises et constatez-vous des évolutions notables ?

J-L D : Le groupe distingue fraudes externes (on en a parlé précédemment) et fraudes internes. En ce qui concerne les fraudes internes, la situation globale sur l’année reste relativement stable par rapport aux autres années. Les fraudes au sein du « process achats » restent les plus préoccupantes, bien qu’en termes de volume, les détournements d’actifs (process stocks) occupent 50 % du nombre de faits reportés. Les fraudes aux états financiers (window dressing) sont encore découvertes de temps en temps au sein des filiales.

M D : Chez Schneider Electric, nous considérons comme fraude interne tout écart caractérisé par rapport à notre Charte Ethique. Celle-ci est très détaillée (15 pages) et a été déployée partout dans le monde dans plus de 35 langues. Elle a été rendue « opposable » aux salariés. Deux grandes familles de comportements inacceptables sont identifiées au travers de cette Charte : les fraudes financières proprement dites (comme par exemple la fraude comptable, le conflit d’intérêt ou la corruption) et les comportements non-éthiques (comme par exemple le harcèlement ou la discrimination).

En parallèle de cet important travail de « diffusion de la règle », nous avons bâti un processus de lutte contre les infractions à cette Charte. Il s’agit essentiellement, à partir d’alertes éthiques, d’en rechercher les preuves tangibles puis de décider des sanctions et des suites à donner.
Parmi les fraudes financières, 30% concernent le vol ou le détournement de fonds, 20% le conflit d’intérêt, 20% sont des violations de procédures, 15% concernent les falsifications de documents et 15% environ concernent des cas de corruption.

( La suite de l’entretien est à retrouver dans le numéro 21 de sécurité et stratégie)

  • Interview croisée Maurice Dhooge & Jean-Luc Deza
  • La surveillance et le contrôle au sein de l’entreprise : les limites de l’exercice posées par le droit
  • L’enquête interne en entreprise : sécuriser la démarche
  • Sécurité et pérennité de l’entreprise : comment conduire des investigation avec succès
  • Enquête numérique : les systèmes d’information ont la mémoire
  • INTERNATIONAL / Big Picture for the Private Security
  • RETEX / Opération Sentinelle dans le cadre du plan Vigipirate - Cas concret de gestion de crise
  • REFLEXION / Heurts et bonheurs de la sécurité globale. Réflexions sur un concept à succès.
  • Edito

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